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COMMENT LA VIE CONTINUE / POURQUOI CONSTRUIRE ET RECONSTRUIRE SONT LES PLUS GRANDES FORCES DE RASSEMBLEMENT


 

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En ce matin du 14 Novembre 2015, je me réveille les yeux embués. Je tente d’expliquer pendant une bonne heure, à mon fils qui n’a pas encore huit ans, les notions de terrorisme, de radicalisme, d’attentat, puis de tolérance, de non-amalgame, de vie, de gratitude…

J’ai rdv chez une cliente à 11h pour l’aider à monter le projet d’aménagement que j’ai dessiné pour elle. Elle a appelé deux copains bricoleurs en renfort. “La vie continue”, me dis-je en me rendant à mon rdv.

“ HEIL !” … Ce “Heil” n’a rien de convivial. Il est aboyé par  Copain bricoleur n°1  qui m’ouvre la porte. Il ne manque que le bras droit en l’air. J’ai du mal à comprendre. “ 127 Parisiens morts cette nuit ? … Mais à la fin du week-end, on comptera 3 ou 4000 morts parmi les musulmans de France! “  s’exclame-t-il … Je reste interloquée. “C’est atroce ! “ dis-je. “C’est comme ça ! C’est la guerre ! réplique-t-il. C’est pas nous qu’on a commencé ! Ils ont tué des innocents ? On va faire pareil. On va aller dans les écoles. Tous les gamins frisés on va leur tirer dessus “. Je n’en reviens pas.  J’hésite entre fuir, crier,  vomir, pleurer, ou sermonner. Je me tourne vers ma cliente. “ C’est un ancien para !” lance-t-elle,  comme pour l’excuser, sourire aux lèvres, en partant fumer sur le balcon. M’abandonnant ainsi avec cette masse énorme, rire gras et crâne rasé, le copain bricoleur avec qui je vais devoir parler vis et tourillons tout l’après-midi. Je ne suis pas certaine d’en être capable. Mais ma nature profonde m’interdit de fuir. Quelques secondes d’examen de la situation me suffisent pour comprendre que crier ne servira à rien. Je suis cependant incapable de sourire naïvement en serrant les dents. Je tente donc l’option: “sermonner”. Difficile exercice, que de parler à un physique aussi imposant, persuadé que l’on répond à la violence par la violence.

On sonne à la porte. Copain Bricoleur n°2 entre. Son sourire blanc immaculé illumine sa peau noire. A ma grande surprise, il se jette joyeusement dans les bras du fasciste. Me voilà, moi, la blonde, observant cette scène improbable des retrouvailles heureuses de 3 amis, un nazi, un “noir”, et une femme aux yeux bridés.

Nous nous sommes mis au travail. Nous avons scié et vissé tout l’après-midi. Nous avons, ensemble, construit quelque chose de beau. A la fin de la journée, nous avons convenu de mettre des bougies à nos fenêtres.

Ce jour-là, le marteau, la visseuse, et le niveau à bulle, ont été les meilleurs outils de rassemblement. Des outils apolitiques. Sans religion. Sans couleur. Sans sexe.

J’ai alors réalisé, que ces outils, étaient, de tous temps, et en toutes circonstances, les meilleurs outils de rassemblement. Après une guerre. Après une catastrophe naturelle. Après un incendie. Après une inondation. Après une fuite. Un déménagement. Un mariage. Une naissance.

Construire. Re-construire. La plus belle chose que les hommes et femmes sachent faire.

 

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Et vous ?

Qu’allez-vous construire demain ? Avec qui ? Pour qui ?

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